Je m’appelle Gunilla et je vis avec la dépression depuis plusieurs années. Voici un recueil de témoignages qui partage ce qu’est pour moi la dépression et ce qu’elle
entraîne au niveau de ma vie sociale (atelier no 10 le 8 septembre prochain « Quand dépression et pressions sociales se croisent : les dés ne sont jamais
jetés ! »)
La dépression, c’est une maladie qui paralyse, car elle enlève la joie et le plaisir. La dépression, c’est une maladie qui fait souffrir, car la vie n’est plus comme elle l’était avant. La
dépression, c’est une maladie qui coupe l’initiative, car elle casse la confiance en soi et l’estime de soi.
La dépression et ses incidences sur le travail
Souffrant de dépression, j’ai perdu mon travail. Parfois je pourrais travailler et quand je le fais, je me sens utile à la société. J’ai peur de ce que les gens peuvent penser de moi, la
dépression est une maladie qui ne se voit pas. J’ai peur que les gens croient que je suis paresseuse et que je cherche des justificatifs pour louper mon travail. Moi, j’aimais beaucoup mon
travail. Mais la dépression a fait que je ne pouvais plus assurer ma présence de façon régulière au travail. La maladie parfois pouvait être si douloureuse que je devais être en arrêt maladie ou
être hospitalisée. La dépression fait souffrir et montrer cette souffrance, c’est quelque chose de difficile. On a peur de la réaction des autres, de leur rejet et on n’a pas toujours envie de se
montrer dans sa souffrance.
J’ai eu la chance de travailler avec des collègues et employeurs qui ont pu comprendre ma maladie et m’aider à garder une place en fonction de mes compétences, mais aussi en respectant les
limites que m’impose ma maladie. Je travaille aujourd’hui une heure par jour, ça m’aide à structurer ma journée, même si parfois ça peut être un stress pour moi.
La dépression et ses incidences sur la vie de famille
Souffrant de dépression, la vie de famille change. Le plus difficile pour moi à assumer dans ma maladie, c’est ma relation avec mon fils. Quand je traverse une phase dépressive, c’est mon fils
qui, par la force des choses, a dû s’occuper de moi. Les rôles ont été inversés. Mon fils a parfois dû lourdement insister pour que je demande de l’aide, pour que j’appelle le médecin. J’ai
parfois eu l’impression de lui voler son enfance. Et je vis tout cela avec une culpabilité terrible. Je sais que je suis la mère et je devrais assumer mon rôle de mère, mais la dépression ne me
le permet pas tout le temps. Ma souffrance est si grande que j’ai parfois pensé que ce serait mieux pour toute ma famille de ne plus être de ce monde. M’accompagnant au travers de la dépression,
mon fils est devenu adulte trop vite. J’ai toujours cherché à ce qu’il vive beaucoup de relations avec d’autres personnes adultes, pour qu’il puisse se confier, partager la souffrance que lui
aussi a vécu indirectement par ma dépression.
Mon fils m’a dit « Maman, tu es une super maman, mais tu souffres d’une sale maladie ». Il a compris ce qu’est la dépression et sait faire la différence entre qui je suis et ce qu’est
la maladie. Pour lui, je suis une super maman et il est important que je reste en vie. La maladie est une sale maladie et elle ne doit pas prendre le dessus quand elle m’appelle à cesser de
vivre. La dépression entraîne une grande inquiétude de la famille et des proches. Et même quand je vais mieux, je sens que mes proches ont encore peur de la maladie. Ils veulent avoir de mes
nouvelles, sans quoi ils peuvent vite être inquiets pour moi, pensant que je vais mal. Je me sens parfois infantilisée tout en sachant qu’ils font comme ça parce qu’ils tiennent fort à moi. Je
suis prête à tout pour les rassurer.
La dépression et ses incidences sur les loisirs
La dépression coupe tous les plaisirs et donc a une influence directe sur les loisirs. Car qui dit loisir, dirait plaisir. On pourrait croire qu’une personne dépressive, qui ne travaille plus, a
donc plus de temps pour des loisirs. En réalité, les loisirs n’existent pas, car la maladie empêche de prendre du plaisir. Le temps semble long et la maladie rend difficile l’organisation des
journées.
Ce qui peut aider, ce sont les thérapies, car il est important d’apprendre à restructurer ses journées et à reprendre du plaisir dans la vie. Et quand on ne peut plus travailler, l’organisation
de loisirs peut aider dans ce sens là. Mais attention, en souffrant de dépression, on peut parfois faire des loisirs, sans pour autant y prendre du plaisir. Ca fait rien, ça aide déjà à faire
passer le temps et, par la suite, le plaisir viendra peut-être. Mais je sais que j’ai toujours été une personne sociable et je continue de travailler pour retrouver du plaisir dans la vie.
La dépression et ses incidences sur les relations avec ses ami-e-s
La dépression amène à se retirer du monde, à ne plus répondre au téléphone et ne plus accepter les invitations. La dépression peut amener à perdre ses amis et à perdre le contact avec eux.
Souffrant de dépression, j’ai souvent eu peur d’abuser de mes amis et de leur amitié en les dérangeant. Quand je souffre d’une phase dépressive, ça devient aussi difficile pour les amis. C’est
dur pour eux de me voir souffrir, d’entendre que j’ai envie de mourir et de savoir que j’ai pu passer à l’acte. C’est lourd aussi pour mes amis quand ils me rencontrent dans une période
difficile. Durant ces périodes je peux être différente, rentrer dans mon monde, manquer de communication. Mes amis ont aussi dû apprendre à connaître ma maladie pour faire la différence entre les
symptômes de la dépression et ce que je suis.
J’ai envie de garder une relation privilégiée avec mes amis et je cherche à les protéger en leur dévoilant qu’une partie de mes souffrances. Aujourd’hui, j’arrive à être plus vraie, à ne plus
mettre de masque et à partager plus avec mes amis. Mes amis sont toujours à mes côtés, ce qui me rend heureuse.
La dépression et ses incidences sur le quotidien
Je souffre de dépression et donc je ne sais jamais comment mon quotidien va se dérouler. Je peux me sentir assez bien pour que j’assume ma journée comme prévu, mais je peux aussi me sentir pas
assez bien et rester dans mon lit me sentant comme dans une boule. Ces jours là, je ne réponds pas au téléphone, je n’arrive pas à entendre les gens parler, je reste dans un trou noir et je me
déteste. Je sais que ce que je fais est faux, mais je n’ai pas la force de continuer, ni d’assumer mon quotidien. Je demande à mon fils d’aller chercher le pain, de faire à manger, je n’arrive
plus à le faire moi-même. Et ça c’est difficile. Mon fils me dit d’ouvrir les fenêtres, de me lever et de téléphoner à mes amis et médecins. Il a raison, mais la maladie est parfois si forte que
c’est difficile de le faire. Je suis révoltée contre la maladie.
Dans ces périodes, tout devient lourd et difficile. Tout demande des efforts, comme par exemple aller marcher, donner à manger à mes chats, même aller au travail. Pourtant, ça reste important de
s’accrocher à ces choses et de continuer à les faire. Si ça ne va vraiment pas, on peut demander de l’aide. Ce que je recherche à ce moment-là, ce n’est pas qu’on me mette la pression, mais qu’on
me donne une écoute pour que je puisse reprendre confiance dans la vie. Cette aide est importante. J’ai par exemple trouvé de l’aide auprès de ma famille et de mes amis, auprès de mes collègues
de travail, mais aussi auprès des soignants et des organisations qui aident des personnes en souffrance comme l’AFAAP. Cette aide me permet d’organiser et de structurer mes journées pour que mon
quotidien m’apporte une qualité de vie en me sentant appartenir à la société. Ca ne peut que me faire du bien pour lutter contre la dépression.
Mais cette aide est aussi utile pour mettre la barrière plus bas quand ça va moins bien et de pouvoir déjà faire d’un brossage de dents une réelle victoire. Il faut parfois renoncer à vouloir
trop faire et savoir accepter les journées plus difficiles durant lesquelles seules les petites choses sont possibles. La vie est faite de petites choses qu’on oublie parfois de regarder,
pourtant elles sont très importantes. Les petits plaisirs existent et font du bien.
La dépression et ses incidences au niveau de l’argent
Je souffre de dépression et ça devenait difficile pour moi de travailler. J’ai alors vécu un changement dans mon statut social et mon style de vie : j’aimais mon travail et je travaillais à
60%, aujourd’hui je travaille 1 heure par jour et j’ai dû demander de l’aide pour avoir l’argent nécessaire pour vivre et payer mes factures. Pourtant, l’argent n’est pas quelque chose
d’important pour moi. Je ne suis pas matérialiste, il y a d’autres choses plus importantes. Ce qui prime pour moi, c’est de pouvoir payer mes factures, d’avoir de quoi manger et soutenir mon fils
dans ses projets de formation.
J’espère un jour pouvoir à nouveau travailler et vivre sans avoir besoin de l’aide des assurances. Mais pour le moment, ce n’est pas possible, même si j’aimerais que ce soit autrement. Souffrir
de dépression entraîne des changements au niveau financier : les revenus changent s’il s’agit du salaire du travail ou d’une assurance maladie ou de l’AI (assurance invalidité). Il faut
aussi vivre avec ces changements et sans toujours savoir de quoi sera fait l’avenir au niveau financier.
Pour apprendre à gérer la dépression, c’est important de comprendre et d’accepter qu’elle est une maladie avec ses symptômes qui ne sont pas faciles à vivre. C’est important aussi de prendre les
médicaments et d’accepter l’aide nécessaire, comme par exemple venir à l’hôpital psychiatrique, accepter les thérapies qui y sont offertes, comme l’art-thérapie, la thérapie du mouvement, les
ateliers de création ou les autres ateliers où on travaille nos pensées pour les changer et mieux gérer la dépression. C’est important de garder espoir, de vivre dans le présent sans se laisser
freiner par les souffrances du passé. C’est important d’accepter que la vie est faite de petites choses qui donnent des petits plaisirs et pas seulement donner de la valeur aux grandes choses.
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